La mort

Dès septembre 1640, le Père Régis repartit pour quatre mois de missions. Les dernières furent celles de Montregard, Montfaucon, Raucoules.

Pendant celle de Montfaucon, la population fut affligée de la « maladie contagieuse », la peste sans doute. La prière de Régis et l’annonce que le mal ne durerait pas longtemps réconforta les cœurs. Aujourd’hui encore Montfaucon garde le souvenir reconnaissant de cette protection.

Avant de quitter Raucoules, le Père Régis avait annoncé qu’il serait à La Louvesc pour Noël. Et cependant, le 17 décembre, c’est la route du Puy qu’il prend.

Arrivé à l’improviste, le mardi 18 après-midi, il dit à un confident : « J’ai interrompu mes missions pour me disposer à bien mourir. Je me suis réservé trois jours. Je veux faire une confession de toute ma vie, très exactement, car j’ai l’assurance que ce sera la dernière. Soyez assez bon pour m’aider dans cette affaire importante… »

Ce que fut cette retraite, « sans être troublé d’affaires ni de visites », reste un secret de Dieu. Mais, lorsqu’après ces trois jours, il fit sa confession générale, ses sentiments « marquèrent bien qu’il n’était déjà plus de la terre et qu’il approchait du ciel. »

– « Quand pensez-vous retourner à votre mission ? » lui demanda son confesseur.

– « Dès demain » répondit Régis.

– « Mais, reprend le Père, la rénovation des vœux est proche, attendez cette fête. »

– « Non, réplique le saint, le Maître ne le veut pas. Il veut que je m’en aille demain. Je ne serai pas là pour la rénovation, mais mon compagnon, le frère Bideau, y sera. »

Il repartit donc dès le lendemain, dimanche 23 décembre. Le voyage fut très pénible à travers neiges et glaces. A la nuit tombée, les voyageurs arrivèrent en un petit lieu de quelques chaumines. Ils n’y reçurent pour refuge qu’une grange ouverte à tous les vents.

Le lendemain après-midi, à son arrivée à La Louvesc, Régis se rendit dans la petite église et, sans plus attendre, il ouvrit la mission. On était venu de tous les environs. Durant trois jours ce fut un travail inouï. Il prêcha sept fois, confessa presque sans relâche. Pour ce corps miné de fièvre c’était l’extrême limite.

Le mercredi 26 décembre, après la messe dite à 2 heures de l’après-midi, il ne put regagner son confessionnal, tant la foule était compacte et lui-même affaibli.

Alors il s’assit près de l’autel, et se remit à confesser, tête nue, sous une fenêtre mal fermée. Soudain, dans la soirée, il s’affaisse. On le transporte à la cure. Là, près du feu, il trouve encore la force d’entendre une vingtaine de confessions et de faire descendre le pardon de Dieu sur ces âmes paysannes qu’il avait tant aimées. Enfin, n’en pouvant plus, il se met au lit.

Il restait à Régis cinq jours encore à passer ici-bas.

Le dernier jour de l’année, peu avant minuit, il dit au frère Bideau qu’il « se trouvait plus mal. » Et tout de suite après : « Ah, mon frère, je vois Notre-Seigneur et Notre-Dame qui m’ouvrent le Paradis. » Puis il commença à dire la parole du Christ expirant : « Seigneur, je remets mon âme entre tes mains. » Ayant fini, il finit aussi sa vie. Il était âgé de 43 ans et 11 mois.

 

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