Jo CHARMETANT Basilique de La Louvesc 14 mars 2014
Sagesse 2, 23 ; 3, 1-6.9 Ps 33 (34) Jean 6, 37-40
HOMELIE
Dieu ne pouvait pas créer un autre Dieu.
Mais Dieu a créé l’homme, et comme vient de nous le rappeler l’auteur du Livre de la Sagesse, oui, Dieu a créé l’homme et il l’a créé à son image : « il a fait de lui une image de ce qu’il est lui-même. » (Sagesse 2, 23)
Toute la Bible nous le rappelle : Dieu, amour et miséricorde, a créé l’homme par amour : aimé de Lui et capable d’aimer Dieu et les autres, à commencer par les plus proches.
C’est là la foi du baptisé. Le refus de l’homme ne pourra jamais faire disparaître Dieu, même si l’homme parvient à mettre Dieu sur la Croix : car Jésus, le Christ, Fils de Dieu et lui-même Dieu, mort sur la Croix, est ressuscité le matin de Pâques. Et « qui regarde vers lui resplendira », dans la joie et la gloire du Christ ressuscité.
C’est l’extraordinaire mérite de l’Eglise, de cette Eglise que nous sommes, les saints et les pécheurs que nous sommes, de nous livrer ce message d’amour, de paix et de joie, à travers vingt siècles, malgré tous nos refus de cultiver la foi et la grâce du baptême, ainsi que « la petite espérance » dont parlait Péguy.
Oui, l’Eglise, notre mère, nous a transmis cette merveilleuse perle dont le Pape François ne cesse de nous parler, ainsi dans son exhortation : »La joie de l’Evangile », le plus beau, le plus exaltant de tous les programmes …
Cette foi, Joseph Charmetant l’avait chevillée au coeur et au corps. Toute personne, homme ou femme, jeune ou âgée a sans doute des qualités. Des défauts ? Des points faibles ? Sûrement !
Mais « le Seigneur rachètera ses serviteurs : pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge », vient de nous rappeler le psalmiste. (Psaume 33)
Serviteur, serviteur du Seigneur, Jo l’a été. Admirablement !
Serviteur à l’Image du Christ lui-même, descendu du ciel, non pour faire sa propre volonté, mais la volonté de Celui qui l’a envoyé, la volonté du Père. L’Evangile, choisi par la famille, nous le rappelle aujourd’hui : « Et celui qui vient à moi, je ne vais pas le rejeter dehors… Je le ressusciterai au dernier jour » (Jean 6, 37-40).
Ce passage par le Christ, par le Fils, Jo l’avait bien intégré à sa foi : il savait qu’« il faut croire au Fils pour avoir la vie éternelle. » (Jean 6, 39). Témoin, sa passion de recherche et de lecture jusqu’au dernier jour : alors que tout son être s’immobilisait inexorablement, Jo se passionnait à la lecture de nouvelles recherches sur Jésus, ainsi en méditant sur « Jésus, approche historique ».
Jo, d’une famille de treize enfants – ces roses du choeur nous le rappellent ici – , s’est peu à peu spécialisé dans la mécanique. Comme il ne faisait rien sans aller jusqu’au bout, devenu très compétent dans sa profession, il lui fut demandé de prendre la direction de la SAMOV. On lui demanda également d’accepter de devenir Maire de La Louvesc. Ennemi de l’à peu près, très lucide et assez humble, il l’accepta, à condition que pendant un an, son prédécesseur lui apprenne les arcanes de la fonction. Il demeura Maire durant deux mandatures, assurant cet office avec la droiture et la ponctualité qu’on lui reconnaissait.
Sa retraite, Jo l’utilisa en creusant les questions qui lui tenaient à coeur : d’abord la paix en Syrie, ce merveilleux pays qu’il aimait tant et dont le journal de ce jour-même donne la description effarante et honteuse avec ses 140 000 morts et « une population broyée par trois ans de guerre » (La Croix du Vendredi 14 mars 2014 p. 1)
Autres questions que Jo suivait avec beaucoup d’intérêt : les questions économiques, les questions de société, et surtout, je viens de l’évoquer, l’étude de l’Evangile et de la vie de l’Eglise. Tout en s’impliquant beaucoup dans la vie paroissiale et surtout dans la vie du Sanctuaire et du Pèlerinage St-Régis. Implication à tous les niveaux, faisant bénéficier chacun de ses dons : la droiture et sa méthode toujours perfectionnée.
En même temps, Jo gardait « sa main verte » : là aussi, ne faisait-il pas tout avec passion ? Son jardin, sa recherche des champignons. Amoureux de la forêt, il savait aussi exceller dans l’art culinaire pour les siens et ses amis.
Nous retiendrons de Joseph combien il avait compris quelque chose de fondamental dans sa foi, une foi qui le rendait profondément heureux et fidèle au Seigneur.
Avec ses qualités, et ses défauts qui eux n’intéressent pas Dieu, Jo a su « chercher Dieu pour le trouver, et le trouver pour le chercher », comme dit St Augustin. Le Dieu de Jo est un Dieu qui cherche à se communiquer à l’homme. Il savait le ridicule de nos positions de refus devant l’immensité de Dieu : nous pouvons bien nous élever sur la pointe des pieds pour dire « Dieu n’existe pas ! » Pour qui nous prenons-nous ? Alors que Dieu est un Dieu qui nous parle, qui cherche à se donner à l’homme, à se communiquer à nous : Dieu n’existe que comme cela, et s’il échoue dans son désir de se donner, il cherche à s’y prendre autrement, en s’adaptant à tout homme par son Esprit Saint.
Dieu se donne à nous de trois manières :
– D’abord, Dieu nous parle : l’Ecriture Sainte, accueillie en nous, devient « Parole de Dieu » pour chacun. C’est sa première façon de se donner à l’homme.
– Ensuite, Dieu se donne aussi dans le Pain de l’Eucharistie, à la messe, le coeur de la vie chrétienne, dont la réalité est à la fois don de Dieu et, précisément, tâche et travail de l’homme, comme on le dit à l’offertoire. C’est la deuxième manière qu’a Dieu de se livrer à nous.
– La troisième forme de la présence de Dieu parmi les hommes, après sa Parole et Son Corps eucharistique, c’est le service et la charité, à l’imitation de Jésus lavant les pieds de ses disciples le Jeudi Saint.
En se mettant au service de la commune et de l’Eglise,
en lisant et en relisant jusqu’à la fin la vie du Christ,
en participant à l’Eucharistie portée par son épouse il y a encore 6 jours, c’est sur ces trois modes de présence du Christ parmi nous que Jo aujourd’hui nous laisse comme testament et, même mieux, un appel à nous ressaisir concernant la foi de notre baptême, la pratique de l’Eucharistie et le service de nos frères, en travaillant au maximum au consensus constructif et plus proche de l’amour trinitaire de Dieu, modèle de toutes nos sociétés et de toutes nos communautés, plutôt qu’aux compromis qui laissent toujours blessures et cicatrices.
Que saint Joseph à qui le mois de mars est dédié et que nous célèbrerons ce mercredi 19 mars accueille Jo dans la gloire de Dieu.
Amen.
Pierre Iratzoquy sj
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