«  Du Chaos à l’Amorisation … »

Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) est un prêtre, jésuite, géologue, paléontologue, théologien et philosophe français. Ses recherches scientifiques, et la vocation religieuse à laquelle il fut toujours fidèle le poussèrent à réconcilier science et foi chrétienne, un chemin ardu qui lui valut, une interdiction de publier par les autorités ecclésiastiques. Son apport a contribué à la remise en cause de la lecture historicisante des récits de création de la Bible et de la conception traditionnelle du dogme du péché originel. La Maison Saint-Régis de LA LOUVESC organise du 24 juillet au 14 Août 2016 un événement dont l’ambition est de faire connaître à un très large public la vie, l’œuvre et la pensée de ce grand « Chercheur ». Cet événement offre l'opportunité de découvrir un penseur, globe-trotter, dont la vision de l’évolution a fortement imprégné le concile Vatican II.
Sa perception de l'Évolution et son profond respect de la Création ont contribué à asseoir les bases de l'écologie contemporaine :

« Les être vivants pris tous ensemble, forment un seul système lié à la surface de la terre …. »

Soixante ans après sa disparition, son œuvre continue de vivre et de fasciner nombre de personnes, religieux, scientifiques ou simples membres de la société civile à travers le monde (Europe, Etats Unis, Chine …). On compte aujourd’hui en France une quarantaine de groupes de réflexion autour de son œuvre, regroupés dans l’Association des Amis de Pierre Teilhard de Chardin. www.Teilhard.fr 

1 - L'apport scientifique de Teilhard de Chardin :

Sa formation de géologue lui permet, par des méthodes stratigraphiques, de dater les découvertes, de mettre en lumière l’évolution des espèces, végétales et animales, et de confirmer les découvertes de Darwin. Après avoir parcouru l’Europe, le Moyen Orient, l’Indonésie, la Chine et mis à jour de nombreuses pièces, il date en 1929 le premier des six crânes découvert par le docteur Peï dans les fouilles de Choukoutien. Cette découverte du « sinanthrope de Pékin » (-500000 ans) confortait l’extension de la théorie de l’évolution à l’humanité et la preuve de l’origine animale de l’homme.

2 - Une vision écologique avant-gardiste :

L’évolution établit aux yeux de Teilhard une hiérarchie entre les espèces mais également une nécessaire « solidarité ». Ayant pris pleinement conscience de cette évolution, du minéral au cérébral, il conclut à la totale dépendance de la masse vivante à l’évolution physico-chimique de la planète :

Un seul système où tous les êtres sont interdépendants.

3 - Son apport religieux :

Teilhard est le premier penseur à intégrer l’évolution dans une perspective explicitement chrétienne. Pour cela Teilhard entrelace deux registres de réflexion : d’une part il montre que l’évolution a un sens : la matière s’organise au fil des millions d’années en ensembles de plus en plus complexes, dans le même temps émergent inexorablement la conscience, la réflexion et la co-réflexion, et l’on peut s’attendre à un stade d’ultra-réflexion ; et d’autre part Teilhard s’inspire de la théologie cosmique de St Paul et de St Jean : notre monde est encore dans les douleurs de l’enfantement, il réclame le travail de l’homme et de l’humanité pour aller vers son accomplissement, un accomplissement où Dieu sera tout en tous.
Pour unifier ces deux registres, Teilhard pose que Matière et Esprit ne sont plus deux états opposés d'un Cosmos statique ; ce sont les deux faces intimement unies de l' "étoffe cosmique". Au cours de l’évolution l'Esprit émerge et entraîne la Matière dans une dynamique orientée. Le Christ est le terme de l'Évolution, c’est une figure cosmique, un attracteur qui, loin d’effacer la personnalité de chacun, la suscite dans la constitution d’une sphère planétaire de la pensée, la noosphère.

4 - Ses rapports avec l’Eglise Catholique :

La pensée de Teilhard de Chardin a trouvé un large écho dans les milieux scientifiques de son temps ; bon nombre de chrétiens ont vu en elle le chemin d’une réconciliation entre sciences et foi. Mais de son vivant, il n’a jamais eu l’autorisation des autorités romaines de publier les livres qu’il avait en chantier. Le désaccord portait principalement sur le dogme du péché originel. Pour Teilhard, la mort était la condition de l’avènement de l’homme car il n’y a pas d’évolution sans succession des générations ; pour le Saint Office, la mort, conformément à la formulation du Concile de Trente et à une lecture littéraliste des récits de création bibliques, était la conséquence du péché commis par l’homme après sa création. Teilhard, jésuite ayant fait vœu d’obéissance, respectera l’interdiction du Saint Office, mais ses nombreuses conférences furent souvent dactylographiées et diffusées « sous le manteau ». Son influence qui ne cessa de grandir a marqué la constitution pastorale « Gaudium et Spes … » du Concile Vatican II.

En octobre 1996, le phénomène de l’évolution a été reconnu par le pape Jean-Paul II, Benoit XVI a cité Teilhard à plusieurs reprises et le pape François l’a mentionné en référence de son encyclique « Laudato Si … ». Mais si sa pensée a maintenant pleinement droit de cité dans l’Eglise catholique, comme toute pensée, elle ne saurait être dogmatisée et requiert une étude critique.

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